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Le covid n’existe pas et les infections pulmonaires proviennent des masques.

Une hypothèse circule sur internet en ce moment : le covid n’existe pas et les personnes qui sont en réanimation ont eu des infections pulmonaires à cause du port du masque. En effet, les germes, microbes et virus qui se trouvent dans notre corps sont expulsés lors de notre respiration. Seulement ces germes restent stockés dans le masque et nous les respirons à nouveau, ce qui nous rend malade.

Même si cette hypothèse paraît totalement fantasque, je trouve qu’elle pose trois questions intéressantes : 

  • Le covid 19 est-il réellement responsable des problèmes respiratoires ?
  • Le masque nous protège-t-il ?
  • Et enfin, notre respiration associée au port du masque peut-il nous rendre malade ?

Pour répondre à ces questions, j’ai eu l’occasion de discuter avec Jean-Philippe Santoni, médecin retraité et pneumologue bénévole à la Fondation du Souffle.

Cet article est la retranscription de notre discussion. Les phrases en gras correspondent à mes interventions.


Le covid-19 existe-t-il ?

Malheureusement il y a tout un faisceau d’arguments qui confirme le rôle du SARS-CoV-2 dans la survenue de pneumonie virale (des éléments cliniques, d’imagerie médicale et biologiques). Le génome viral de ce virus, le fameux ARN, est parfaitement documenté depuis le mois de janvier 2020

C’est d’ailleurs un résultat remarquable de la coopération scientifique. La carte d’identité du virus, ce qu’on appelle le séquençage, a été partagée dès la mi-janvier avec une trentaine de centres de recherche, dans des pays différents. A ce stade il ne peut y avoir de fraude scientifique.

Ce qui répond à la première partie de l’affirmation que le covid-19 n’existe pas. Qu’en est-il des infections respiratoires ?

Le SARS-CoV-2 existe.

Il a une très forte affinité, c’est-à-dire une attirance pour les cellules pulmonaires mais aussi les cellules vasculaires qui tapissent la parois des vaisseaux sanguins (en particulier les capillaires pulmonaires). Sa capacité à pénétrer dans la cellule est suivie par une destruction de ces cellules.

C’est un premier élément de réponse qui explique les pneumonies.

Ce que nous ne savons pas c’est pourquoi tel ou tel individu va vraiment faire une forme sévère ou grave de la maladie. Nous avons juste quelques éléments de ce que l’on appelle des facteurs de risque de formes graves.
Maintenant ils sont bien connus. Ils ont été documentés de façon statistique et diffusés dans la presse. Ces facteurs de risque sont : 

  • l’âge,
  • l’obésité, 
  • le diabète mal équilibré, 
  • et la présence de maladie chronique mal contrôlée, cardiaque et respiratoire non contrôlée.

L’asthme est donc un facteur de risque ?

L’asthme non contrôlé.

Qu’est ce que vous voulez dire par “non contrôlé” ?

Je parle d’un asthme qui n’est pas contrôlé par les traitements. Un bon exemple en maladie respiratoire est la bronchopneumopathie chronique obstructive. On ne sait malheureusement pas en guérir mais on peut l’équilibrer par des traitements. Et quand elle est équilibrée, on arrête d’avoir des crises et des exacerbations. On considère alors que la maladie est contrôlée.

Les gens qui ont un mauvais contrôle de la maladie sont à risque de formes sévères et graves du SARS-CoV-2.

Qu’en est-il de la protection apportée par un masque ?

Sur le masque nous avons des éléments de réponse. D’abord il y a différents types de masques, nous allons parler du masque chirurgical car c’est celui qui est le plus répandu.

C’est celui qui est le plus conseillée aussi.

En effet.

Tout d’abord il faut rappeler que le port du masque est un geste altruiste. Il est avant tout fait pour protéger les autres, moins pour se protéger soi même puisqu’il n’est que partiellement filtrant pour l’entrée du virus dans l’organisme. Par contre, il protège des postillons, des gouttelettes de salive, de toux et d’éternuement. C’est dans ce sens que c’est un geste altruiste car il va éviter de contaminer une autre personne quand on parle trop fort ou que l’on postillonne à proximité d’elle.

En revanche, deux choses sont importantes : 

Premièrement, il y a des bonnes pratiques en matière de port du masque. Il faut les rappeler car je constate dans ma pratique de tous les jours qu’il y a beaucoup de mésusages du masque.

Ces bonnes pratiques sont : 

  • Le masque doit être tenu par les élastiques.
  • Il faut bien pincer la petite barrette en aluminium sur la partie supérieure du masque, sur le nez.
  • Il faut bien positionner le masque sur le nez et la bouche
  • Et surtout à partir de là on n’y touche plus !

C’est incroyable le nombre de personnes qui le portent en collier sous le menton (y compris des médecins d’ailleurs), qui le décrochent, qui le mettent dans leurs poches puis qui le remettent sur le visage ou qui touchent la partie filtrante avec leurs doigts.

Si on tripote son masque par la partie filtrante, il y a, en effet, un risque d’introduire des germes, des bactéries, des virus.

Si on doit toucher à son masque c’est uniquement par ses élastiques. Et quand on a trop souvent touché à son masque, il faut le changer.

On ne lave pas son masque et on ne le remet pas. Je parle du masque chirurgical, pas du masque en tissu. Le masque chirurgical est fait pour être changé au bout de trois à quatre heures maximum.

Il me semble qu’il avait été dit que les masques chirurgicaux peuvent être lavés ?

Il y a des tas de raisons pour expliquer pourquoi ils ne peuvent pas être aussi efficaces après lavage. 

Tout d’abord ils sont conçus pour un usage unique. Les fabricants ne le recommandent pas. Et ce sont les fabricants qui font des tests selon les normes internationales, européennes ou AFNOR. 

De plus, il y a des couches sur la partie absorbante et filtrante qui ne sont pas faites pour être lavées. Les masques en tissu peuvent être lavés mais je rappelle que les masques en tissu sont moins protecteurs que les masques chirurgicaux.

Vous parliez de deux choses importantes. La première concernait les bonnes pratiques, quelle est la seconde ?

Le second élément important est l’humidité du masque. Quand le masque devient humide, soit parce qu’on le met pour faire du sport, soit parce qu’on s’est mouillé les mains et qu’on tripote le masque, il faut le changer. On sait que l’humidité favorise la présence de résidus fongiques. 

Il existe donc bien un risque théorique d’auto-contamination, c’est-à-dire que le porteur du masque se contamine lui-même. Si le masque est humide ou mouillé, il faut le changer tout de suite parce que sinon il y a un risque d’accumulation de résidus fongiques, de bactéries voir de virus. Au passage, le SARS-CoV-2 aime bien les milieux humides.

Par contre j’insiste sur le fait que le risque évoqué n’est que théorique. A ma connaissance, il n’existe pas d’étude en condition de vie réelle qui démontre une auto-contamination par le masque.

Peut-on donc considérer que le risque existe mais qu’il est très faible ?

Je ne peux pas dire qu’il soit très faible. Il est dépendant de l’importance du mésusage du port du masque. Il y a un risque d’auto-contamination proportionnelle à l’importance des mauvaises pratiques du masque. Plus vous tripotez votre masque avec les mains (surtout si vous ne vous êtes pas lavé les mains juste avant) plus vous risquez avec vos doigts de contaminer le masque.

Peut-on considérer qu’au vu des mésusages des masques par la population, le masque soit inutile ?

Le masque est utile dès lors qu’on est à moins de deux mètres d’une autre personne. Il limite voir empêche la projection de gouttelettes de salive, de postillons, d’éternuement vers une autre personne. Mais ce n’est pas la panacée.

Il est à coupler avec le reste des gestes barrières.

L’intégralité des gestes d’hygiènes sont importants et le masque en fait partie. Il y a cinq gestes barrières qui sont très importants.

  • Le premier est le lavage et/ou la désinfection au gel hydro-alcoolique régulier des mains.
  • Le second est la distance physique. Il faut rester à distance, arrêter de s’embrasser constamment, etc.
  • Le troisième c’est le port du masque.
  • Le quatrième c’est l’aération régulière et prolongée des locaux. Ce point est très important !
  • Le cinquième est le bio-nettoyage, c’est-à-dire la désinfection des surfaces en contact avec les mains. Comme on l’a évoqué plus tôt, le virus est porté par les aérosols mais il est également manu-porté, c’est-à-dire transporté par les mains.

Donc le masque est utile, il est même nécessaire mais il n’est pas suffisant.

Une image représente chaque geste d’hygiène par une tranche de gruyère. Chaque tranche a des trous et c’est l’ensemble des tranches qui offre la meilleure protection.

C’est une image intéressante.

Encore une fois le masque est utile mais il ne permet pas de s’affranchir, de se dispenser des autres gestes d’hygiène. Au contraire, ce n’est pas parce que l’on porte un masque qu’il faut oublier de se laver les mains très régulièrement à l’eau et au savon ou de se les désinfecter avec une solution hydro-alcoolique.

Ce n’est pas parce que l’on porte un masque qu’il faut se rapprocher d’autres individus qui peuvent à ce moment là vous tousser dessus.

Le masque est d’autant plus utile quand on est à proximité d’autres individus.

Et quand est-il des lieux publics ?

Il y a un grand débat aujourd’hui, qui n’est pas résolu par des données scientifiques fiables, sur la question : est-ce que le masque dans la rue ou dans un parc, dès lors que vous êtes à plus de deux mètres de quelqu’un, protège de la transmission du virus.

Je pense que le débat est justifié. A mon sens, il est peu vraisemblable que le virus arrive à franchir des distances de plus de deux mètres. Il n’y a pas d’études très convaincantes en condition de vie réelle dans un sens ou dans l’autre.

Par contre, dès qu’on est à moins de deux mètres, oui il faut porter un masque.

Concernant l’hypothèse énoncée au départ, est-il possible d’être contaminé par son masque ?

Oui, il y a un risque d’auto-contamination avec un masque que l’on porte en dehors des bonnes pratiques. Avec ses propres mains on peut mettre des virus et aussi d’autres germes (des bactéries, des champignons) sur le masque. Ils peuvent ensuite nous contaminer via les voies respiratoires.

Vous parlez là d’une contamination qui provient de l’extérieur du masque. C’est-à-dire lorsque je le touche ou lorsque quelqu’un m’éternue dessus. Les germes se retrouvent sur le masque et là il y aura une contamination.

Oui si je touche mon masque de façon répétée et surtout si mon masque est humide.

Et encore une fois, j’insiste sur le fait que c’est un risque théorique ! Nous n’avons pas fait d’étude de cohorte pour le confirmer. C’est difficile à faire car il faudrait comparer une population qui respecte les bonnes pratiques du port du masque avec une population qui ne le fait pas. C’est une étude très difficile à mener.

Mais le risque théorique existe.

Comme lors de notre respiration nous expulsons des virus, des microbes, etc., est-ce raisonnable de penser que tout ça reste “bloqué” dans le masque et que lorsqu’on les respire à nouveau cela génère des infections pulmonaires ?

Ça n’a pas beaucoup de sens puisque l’on ré-inspire quotidiennement les germes qui sont dans nos fosses nasales ou dans nos conduits respiratoires. Lors d’une expiration, nous n’expulsons pas la totalité des virus et autres germes qui sont présents dans nos conduits respiratoires.

Vous savez, nous n’expirons pas la totalité de l’air qui est dans nos poumons. Il existe toujours ce que nous appelons un “volume résiduel”. C’est à dire qu’à la fin d’une expiration il y a toujours une quantité d’air qui reste présent dans nos poumons, qui reste chargé en germe, en virus, etc.

Nous expirons donc une quantité très faible de germes et le fait de les ré-inspirer ne peut pas nous rendre malade.

Ce n’est pas ça qui va nous rendre malade. Nous sommes déjà porteur du virus, ce qui va nous rendre malade c’est l’insuffisance de nos réactions de défenses, les réactions immunitaires, mais qui ne sont pas liés au fait que l’on a des particules virales dans l’air expirées.

Conclusion

L’hypothèse de base était que le covid n’existe pas et les personnes qui sont en réanimation ont eu des infections pulmonaires à cause du port du masque.
Nous avons pu voir que les preuves de l’existence du covid-19 sont évidentes, que la maladie engendre bien des complications pulmonaires et qu’il n’est pas possible de tomber malade en inspirant ses propres germes expulsés.

Je tiens une fois encore à remercier Jean-Philippe Santoni pour son temps ainsi que la Fédération Française de Pneumologie qui m’a mis en contact avec M. Santoni.